A nous deux le permis!

juin 13, 2007

Aujourd’hui un essai infructueux au permis de conduire coûte environ 950 euros. L’inscription pour repasser le permis coûte à elle seule 150 euros. Quant aux heures supplémentaires, elles sont facturées 50 euros de l’heure. Faites un rapide calcul, sachant qu’une auto école sait vous faire payer un minimum de 6 à 8 heures de cours pour mettre votre nom sur la liste des heureux élus qui pourront repasser l’examen avant six mois. Sachez aussi que votre inscription vous a déjà coûté environ deux mille euros. On vous a facturé 44 heures ou davantage pour un premier essai, qui paraît-il est inévitablement un échec. Car le permis, aujourd’hui c’est au minimum deux coups d’essai ou alors l’inspecteur est bien luné. Dans l’agglomération parisienne, le permis relève de la chance. Nombreux sont ceux qui l’obtiennent après quatre essais. Si au cinquième essai, vous ne l’avez toujours pas, vous devez repayer une inscription (environ 2000 euros), repasser le code (même si vous l’avez déjà), et repasser le permis avec un minimum d’heures (21 heures). Par ailleurs, si vous ne l’avez toujours pas, deux années après l’obtention du code, votre code n’est plus valable (attention le code a une date de péremption à l’instar des produits laitiers), et vous devez vous réinscrire et repayer, etc… Et ne songez pas à changer d’auto école si les têtes ne peuvent pas vous revenir au bout d’un certain temps et d’un paquet d’argent; ça va vous coûter encore plus cher, vous répond-t-on à l’auto-école d’une voix bienveillante. Alors si vous partez à l’étranger, n’hésitez pas à passer votre permis là-bas. Par exemple dans certains états des USA vous ne débourserez que 20$ pour l’examen contre quelques milliers d’euros en France ou quelques centaines la seconde fois. Ou bien si vous vous décidez à le passer en France, deux solutions: vous hypothéquez votre maison pour le payer et vous prenez votre mal en patience ou vous décidez de rouler sans permis. Les deux sont également pratiquées en France mais personne ne semble s’en inquiéter. Pourtant le sujet a quelque chose de réellement scandaleux et tous ceux à qui vous en parlerez diront la même chose: c’est du vol!

Nombreux sont ceux qui ont dû se sentir concernés par la question posée au baccalauréat de philosophie ce matin. On a dû interroger les profs de philo à la fin de l’examen. Ils ont dû répondre par concepts. On a sorti Hegel du placard et sa dialectique du maître et de l’esclave. L’esclave est libre parce qu’il travaille, tandis que le maître devient l’esclave de l’esclave car il est dépendant de lui. Ne rien faire, faire travailler les autres et ne pas travailler, c’est finalement se mettre des chaînes, car l’homme a des besoins, etc…
La question devait être beaucoup plus simple dans l’esprit de ceux qui ont appris le sujet en allant au boulot ce matin, entassés dans le métro. Que gagnons-nous à respirer tous les matins la transpiration des autres, à digérer notre petit déjeuner en montant quatre à quatre les marches du bureau, à ressasser jusqu’à la salle de réunion les paroles désagréables qui ont été échangées la veille, à subir l’aigreur des uns, l’indifférence des autres… Les plus pragmatiques ont dû répondre brièvement : on gagne de l’argent. Les plus dépressifs ont dû cacher leur détresse devant l’ironie de la question. Les plus abrutis par le travail ont dû se demander pourquoi on posait la question.
Le père est rentré chez lui le soir, ahuri après dix heures de travail harassant et débilitant. Son fils, arrogant, se prenant pour le nouveau Descartes, parce qu’il avait réussi à rester assis quatre heures sans faire de boulette de papier et sans envoyer de cartouche au plafond, lui a répété avec insolence la question, prêt à lui déballer toutes ses grandes idées. Le père a écarquillé les yeux en entendant le sujet que cette année l’éducation nationale avait choisi de poser aux jeunes Français : ” Comment peux-tu bien le savoir ?”, lui a-t-il répondu.