Des Bêtises

juin 1, 2007

Du Cocteau et du Dolto dans La nouvelle Star : c’est la révolution intellectuelle menée par Julien sur M6 hier soir ! On ne pensait pas qu’un jour il y aurait une telle émotion poétique dans une émission télé réalité. Dommage que Julien ne soit pas déjà une star au sommet et que l’émission ne lui ait pas été entièrement consacrée… car pour regarder le reste, il fallait se faire violence ! Sabine Paturel, revue et corrigée, devenait un brin insolente dans cet univers aseptisé et décérébré. Çà donnait aussi un sacré coup de jeune à ce 45 tours, sorti en 1986, qui était resté 32 semaines au Top 50… puis dans l’oubli, deux décennies ! Ce n’était rien que des bêtises : il est beau le résultat. L’espièglerie redevient à la mode et c’est tant mieux !

Dimanche, alors que la France est suspendue aux lèvres des journalistes, de Sarkozy, de Ségolène, de Hollande, Arte nous a rappelé qu’il y a un monde à part : celui de l’art. Claude Lelouch est alors un jeune cinéaste, Lino Ventura au sommet de son art et Françoise Fabian épanouie. C’est La Bonne Année, aussi décalée dans le calendrier que dans l’époque. Et ce décalage nous rend sérieux : l’époque a changé. Mireille Mathieu chante faux désormais, les bandits sont devenus des casseurs arrachant les pavés sans défendre aucune cause… Mieux vaut ne pas changer de chaîne et rester sur Arte. On préfère entendre la conception que les années 70 se faisaient de la femme, plutôt que de suivre des journalistes transformés en paparazzi, suivant la voiture du nouveau chef de l’Etat, pour nous apprendre qu’il dîne au Fouquet’s. Les médias s’appauvrissent… et les films en noir et blanc ont du coup un je ne sais quoi de piquant, de neuf, qui nous émeut. La modernité est derrière nous. La modernité des romantiques est loin derrière. On peut donc être nostalgique d’une époque qu’on n’a pas connue ? Oui, on peut, répondait Elizabeth Quin interviewée par Daphné Tesson, dans A Nous Paris. Tout comme on peut avoir une certaine nostalgie de la nuit parisienne des années fastes sans l’avoir connue, rien qu’en la fantasmant !

Synopsis : Lino Ventura prépare le casse du siècle sur la Côte d’Azur, avant d’être pris dans les filets de l’amour.

Un film jubilatoire de Claude Lelouch, emblématique des années soixante-dix.

Prix du meilleur acteur (Lino Ventura) et de la meilleure actrice (Françoise Fabian), Festival international du film de San Sebastian 1973.

Elizabeth Quin vient de publier la biographie de Gérald Nanty : “Bel de nuit, Gérald Nanty” aux éditions Grasset

Le môme

avril 6, 2007

Stephen Frears sera le président du jury à Cannes.

Arte nous fait le plaisir de le redécouvrir après son formidable film sur la famille royale qui lui a valu une large consécration. La chaîne franco-allemande diffusait hier un film de 1993, The Snapper (le mioche). Sharon Curley, 20 ans, vit dans une famille nombreuse (6 enfants) de la working class irlandaise. Elle apprend à ses parents qu’elle est enceinte. Cette annonce est d’autant plus déconcertante pour ses parents que Sharon refuse de révéler l’identité du père. Tout le quartier se met à jaser.

Cette comédie est un hommage à la joie de vivre de la working class irlandaise des années 90. On replonge avec délice dans cette décennie rebelle où les chemises à carreaux flirtaient avec les jeans. Grande révérence à ce film qui parvient à montrer la beauté de la banlieue grise et du pub populaire.

Décidemment Frears sait peindre tous les milieux !

 

Un film britannique, 1993

Avec Colm Meaney, Tina Kellegher, Ruth Mc Cabe

 

Quelques films du réalisateur :

Gumshoe (1971), My beautiful Laundrette (1985), Les liaisons dangereuses (1988), The Hi Lo Country (1998), High Fidelity (2000)

 

Little miss Culture a eu la curiosité, hier soir, de regarder la série américaine “Les Experts”. Pour ceux qui ont la chance de ne pas être initiés à ce rendez-vous religieux avec la bêtise qui, grâce à son audimat, remplace le film du dimanche soir, (qui soit-dit-en-passant ne valait pas toujours grand chose),”Les Experts” met en scène sur trois épisodes (qui savent s’enchaîner) des enquêtes “casse têtes” pour les pauvres têtes que sont nos amis les enquêteurs de séries américaines. Une tête d’humain sanguinolante dans un distributeur de journaux, avec en prime un serpent coincé dans le gosier de cette décapitée (indice tribal vraisemblablement laissé par le meutrier pour être découvert, et qui n’est pas sans nous rappeler le danger des croyances occultes), une jeune maman assassinée par sa propre mère ou plutôt belle mère qui ne digérait pas le fait que l’argent légué par le mari ne lui revienne pas (il avait sans doute compris que son argent profiterait surtout aux chirurgiens esthétiques de sa veuve), un chasseur tué par un ours, (le producteur a sans doute été payé par 30 millions d’amis pour que la morale de l’histoire se retourne naturellement contre le chasseur) voilà à peu près, et pour faire bref, les tribulations de nos pauvres enquêteurs, qui non seulement semblent complétement exploités, puisqu’on ne les voit jamais hors contexte, mais heureux de l’être puisqu’ils se réjouissent de partager toutes ces plaisantes aventures. Ambiance bon enfant, histoires scabreuses. Misère humaine! Sans doute pour se dire que même si le boulot que vous allez reprendre le lendemain, n’est pas des plus palpitants, il ne tient qu’à vous de le rendre attrayant! On peut trouver çà distrayant pour une fin de week-end, ce n’est certes pas fatiguant de regarder “Les Experts”, car dès qu’ils emploient un mot savant (n’oublions pas, ce sont des experts), pour être sûr que le téléspectateur ne perde pas le fil (n’oublions pas, il faut faire de l’audimat), on nous montre la reconstitution visuelle de la pensée géniale qu’ils ont eue! On peut trouver çà distrayant; ça respire surtout l’ennui et le vide; ça rappelle surtout le creux qui opère en nous, la volonté d’être intelligent qui nous quitte.