Les beaux jours de ma jeunesse, journal d’une jeune roumaine dans les camps de la morts, a été édité en France en 1968. Ce journal qu’on pourrait comparer à celui d’Anne Frank, car les auteurs sont deux jeunes juives du même âge, persécutées, qui tiennent un journal pendant la guerre, ne bénéficie pourtant pas de la même notoriété. Le message des Beaux jours de ma jeunesse est sans doute très virulent et ce qu’il contient parfois insoutenable ; le côtoiement continuel de la mort, la lucidité sur les misères de l’homme, sur l’absurdité de la guerre, sur l’intangibilité de la frontière entre bourreaux et victimes, alliés et ennemis, rendent ces notes d’autant plus brutales et choquantes. Cependant, la beauté de ce témoignage est indéniable et interdit tout commentaire car ces notes incarnent non seulement une volonté de vivre mais aussi un espoir dans le plus grand désespoir qu’ait connu l’humanité. Une jeune fille de 14 ans s’adresse au monde avec toute l’insolence de sa jeunesse, et démontre qu’elle a eu raison de la barbarie grâce à l’écriture, qu’elle a lutté avec les mots contre sa déchéance. Il n’est rien de plus beau comme raison d’être que la nécessité, et c’est la nécessité de ces notes pour la lutte et la construction de leur auteur par cette lutte, qui en fait une œuvre exceptionnelle parmi les œuvres de guerre.

Ana Novac, Les Beaux jours de ma jeunesse