Broken English
juillet 21, 2008
se sentir seule au monde à Paris en été? allez voir un film sur une touriste à Paris dans une salle vide des Champs-Elysées vers 6h du soir. Vous n’y croiserez personne, en tout cas pas ceux que vous ne voulez pas rencontrer, et vous en profiterez pour rire ou pleurer sans peur d’être dévisagée. Mon histoire avec Broken English c’est une histoire d’amour et donc il ne faut pas lire ici une critique objective. d’abord rien ne me poussait particulièrement à aller voir ce film et certainement pas à y aller seule. Mais cherchant à renouer avec mes habitudes de l’étranger, j’ai regardé le programme de ciné sur internet et j’ai décidé de passer la fin de journée ensoleillée dans une salle noire. je n’ai rien de gothique mais j’aime avoir l’impression de ne pas toujours marcher dans la même direction que tout le monde. c’est donc dans cet état d’esprit que j’ai découvert l’actrice Parker Posey au joli minoi de femme désespérée. on vous l’introduit par une touchante séance de maquillage-habillage. Aux verres de vin qu’elle mélange à son parfum, on comprend que l’évènement auquel elle se rend n’a rien de rassurant pour ses rides apparentes et qu’elle anticipe le regard qu’on va poser sur elle. j’ai d’ailleurs beaucoup aimer la robe qu’on lui a fait porter pour cette soirée. une robe qui souligne son caractére fragile en laissant apparaître le début de ses côtes maigres. pas une femme-minette parfaite à la sarah jessica parker au top de la branchitude new-yorkaise. non non, c’est plutôt une femme qui a toujours des chaussures trop grandes ou mal attachées, qui a une démarche un peu boîteuse et qui est réellement saoule quand elle a bu. aussi même si Zoé Cassavetes pourrait avoir déjà vu Sex and the City (ce dont je doute fort) sa Nora n’a rien de plastique et de Voguéen. elle a son style. enfin ce personnage original mérite d’être vu rien que pour sortir du format parkerien. on peut être cool en chatain naturel, sans French manucure et sans talons aiguilles. Nora est très bien ressentie par le spectacteur. on frémit en découvrant son anxiété maladive qui lui donne une profondeur rare au cinéma et en la laissant s’éprendre lentement du French Lover qui la ménera à Paris. On a malheureusement l’impression que le fil qu’on tenait se brise quand elle débarque dans notre capitale. Comme si l’ambiguïté qui la rendait intéressante était restée à NYC. Alors quand on est dans la position de la nostalgique qui a quitté récemment les Etats Unis on se demande pourquoi on ne retrouve pas à Paris ce qu’il y avait de si génial à New York. Pourquoi on est différent quand on traverse l’océan. pourquoi on ne ressent pas de la même façon, on ne parle pas de la même façon, on ne marche pas de la même façon. c’est un peu la même histoire avec le film de Zoé. On ne sait pas si l’amertume du spectateur à la fin est voulue ou non. les plans sur Nora et Julien sont moins beaux, leur histoire est finalement banale. ils se retrouvent au comptoir à commander une bière. Nora a perdu sa carrure d’héroïne tragique.